Une fiction Frerard pas tout à fait comme les autres...

Quand l'amour vous prend de haut et vous fait crouler sous l'incompréhension et la honte. Quand pour en rajouter, ce n'est pas réciproque, que ça vous troue le coeur. Que vous finissez vide. Que la célébrité ne suffit plus. Que vous êtes seuls. Oui, commes des chiens. Quand l'alcool vous procure un bonheur éphémère, mais que le poids de la réalité vous rattrapera toujours et vous accablera de tout son misérable poids. Que les larmes noient vos quelques instants de lucidité. Que l'envie de crever vous écrase de plus en plus...
Le monde de la décadence est à vos pieds.

BIENVENUE.

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Une fiction Frerard pas tout à fait comme les autres...

# Posté le mardi 01 juillet 2008 14:42

Modifié le vendredi 11 juillet 2008 13:27

PROLOGUE.

La dépression.
Abattement, état de souffrance qui se traduit par une lassitude, une perte d'énergie et un dégoût de la vie.

Cela faisait un bon mois que la tournée avait commencé.
Le quatrième album était sorti après deux longues années de vacances, et les voyages de villes en villes dans le tour bus, l'ambiance des concerts, des répétitions, l'excitation mêlée au trac leur avait manqué. Cette fameuse boule au ventre avant chaque prestation même au bout de presque dix ans de carrière, cette sensation intense qui se perpétuait sans cesse. C'était une chose dont ils ne pouvaient se lasser, la chose qui les faisait avancer. Vivre. Bien que leurs vacances leur eussent permit de récupérer et de se poser, ce qui devenait nécessaire, ils étaient heureux que le train train habituel des tournées ait reprit.
Encore une fois pour assurer leur première partie, ils avaient choisis Mindless Self Indulgence. C'était Gerard qui avait fait ce choix et pour cause, il se faisait souvent charrier sur le fait que lui et Lindsey se plaisaient mutuellement, mais qu'aucuns n'osaient faire le premier pas. C'était tellement flagrant que les deux groupes s'en étaient rendus compte, ainsi que tous les techniciens qui les accompagnaient. Alors quand ils se parlaient faces à faces, ils pouvaient entendre à côté des rires moqueurs étouffés, qui se voulaient discrets. Cela se rajoutait à la gêne qu'ils avaient déjà d'être ensembles, et ils ne pouvaient s'empêcher de devenir écarlates à chaque fois.
C'était cette ambiance si agréablement rieuse et joviale des tournées qui les rendaient si chaleureuses, dont ils ne pouvaient se passer.
Pourtant, les apparences étaient trompeuses.
Si il y en avait qui riaient, qui s'amusaient, tout simplement heureux de la vie qu'ils menaient, il y avait, à l'opposé, un guitariste qui semblait s'engouffrer de jours en jours dans un état inquiétant. Ce n'était pas une question de maladie -bien que le jeune homme en attrapait souvent du à une défense immunitaire assez faible-, non, c'était autre chose que ses amis ne s'expliquaient pas. Quelque chose qui le rongeait secrètement de l'intérieur. Qui le faisait sombrer vers des abîmes ténébreux dont la sortie paraissait inatteignable.
Il s'agissait de Frank.
Il semblait avoir caché sa joie de vivre inégalable dans un endroit secret, et lorsqu'il n'était pas sur scène, il s'effaçait et ne parlait presque pas. Aussi pour tenter d'avoir un minimum de conversation avec lui, il fallait s'y prendre le premier, mais il était toujours distrait, perdu dans ses pensées. Bob avait beau se lâcher sur les plaisanteries vaseuses, il n'était plus d'humeur à en rire. Il se renfermait simplement sur lui-même, et il était clair que quelque chose n'allait pas. De plus, il était assez distant avec Gerard, l'évitant au possible. Et quand il ne pouvait faire autrement que de lui adresser la parole, c'était la voix tremblante et il paraissait nerveux. Son comportement était d'autant plus paradoxal que sur scène, Frank agissait totalement différemment. Son énergie qui paraissait épuisée en coulisses refaisait surface, et il jouait avec rage, comme si la scène était le seul endroit qui lui permettait de se délivrer de sa souffrance. Et, s'il évitait le chanteur hors des concerts, sur scène il était sans arrêt proche de lui. Trop. Les petits jeux provocateurs étaient une chose que Frank et Gerard s'étaient toujours amusés à faire, pour déranger les homophobes. Alors le guitariste ne s'en privait pas. Mais il dépassait bien souvent les limites, et Gerard devait s'écarter de lui pour arrêter tout.
Et pourtant, lorsqu'on essayait de lui parler de tout cela, il se refusait d'admettre que quelque chose n'allait pas. Il le savait pertinemment, mais ne voulait –ou ne pouvait- l'accepter. Au début, ses amis avaient mit cela sur le compte du fait que loin de sa fiancée, qui n'avait pu les accompagner pour cette tournée, il avait un manque profond en lui. Après tout ces deux là avaient une relation fusionnelle.
Mais en réalité le mal-être était bien plus intense que cela. Bien plus insondable.
Il avait beau mentir, et dire que tout allait très bien, ses paroles sonnaient mélodieusement faux.

Il faisait noir désormais.
Une nuit douce et étoilée. Calme. Une nuit d'été, en somme.
Les deux groupes étaient réunis dans le tour bus des My Chemical Romance, et discutaient autour d'un verre. Gerard et Lindsey étaient d'ailleurs assis côtes à côtes. Mais personne ne s'amusait à se moquer gentiment d'eux cette fois-ci. L'ambiance qui flottait au dessus des deux groupes était bien trop lourde pour rire. Les visages étaient sérieux, sombres. Les regards, inquiets et impatients, aussi.
En réalité, il manquait deux personnes à l'appel. C'était la raison de leur hâte. Les deux groupes les attendaient.
Et les minutes parurent des heures. Le temps était long.
Quand enfin, ils virent un homme de taille assez grande, doté de cheveux bouclés, bruns pénétrer dans le bus, des soupirs de soulagement se firent entendre.
«Ah, Ray! Quand même! Alors, qu'est-ce qu'il a?» Demanda Gerard.
«Rien de bien grave. Le médecin a remarqué qu'il n'avait pas mangé de la journée, à part son petit-déjeuner... Du coup, tout s'explique...» Répondit simplement l'intéressé.
En effet, ce soir-ci, alors qu'il battait son plein, le concert avait été annulé du à un malaise de Frank en plein milieu de I'm Not Okay. Et même s'il avait très vite reprit connaissance, et même s'il refusait catégoriquement, ils avaient tenus à ce qu'il aille à l'hôpital. Alors Ray s'était chargé de l'emmener.
«Et où est-ce qu'il est, là?»
«Il fume une clope, dehors.»

Gerard soupira.
«Alors non seulement il a décidé de ne plus se nourrir, mais en plus il se bousille la santé à fumer comme un dingue.»
Il se leva, et d'un pas nonchalant, se dirigea dehors. Il ne faisait pas froid, mais un pull était supportable.
A quelques mètres de là, Frank était assit sur un banc, l'air absent, une cigarette à la main dont il aspirait avidement les bouffées de nicotine qui lui tuaient les poumons à petits feux, avant de recracher lentement la fumée.
Gerard eu un regard déterminé. Depuis le début, lui et les autres étaient spectateurs de la déchéance de leur ami, sans réellement agir. Impuissants de toute façon, devant un ami qui nie son mal être. Mais la goutte d'eau avait fait déborder le vase, ce soir là. «Il y a des limites à tout» pensa le chanteur. Et il était prêt à harceler Frank s'il le fallait, pour le faire parler.
Le guitariste ne broncha pas lorsque son ami s'assit à côté de lui. Il avait la tête légèrement penchée en arrière, et regardait le ciel, tout en recrachant continuellement la fumée de sa cigarette.
«Alors comme ça, tu as décidé de ne plus te nourrir, hein?»
Pourtant, si Frank avait l'air apathique, ayant pour seul geste celui de la main qui se dirige à sa bouche pour aspirer le poison de son tabac plutôt que celui d'un regard vers Gerard; c'était le déraillement complet à l'intérieur. Son sang n'avait fait qu'un tour lorsqu'il avait entendu des pas s'approcher. Et ça battait fort, très fort, dans la poitrine depuis que cette voix avait résonné dans le silence de la nuit.
«Frank il faut que ça s'arrête maintenant. Tu te noies dans le silence, mais tu sais autant que moi qu'un jour tu ne pourras plus, que ça explosera. Et ce jour là, ça fera mal. »
La cigarette arrivait à sa fin. D'un geste vulgaire, il la jeta au sol.
«Laisse moi, Gerard... » Sa voix était sourde, brisée.
«Non. Ca suffit. J'en ai assez de te voir souffrir et te détruire, sans savoir ce que tu as. Je suis déterminé à te harceler toute la nuit s'il le faut, mais je ne te laisserai pas tant que tu ne m'auras rien dit. Alors crache le morceau une bonne fois pour toute.»
Le guitariste se décida à détourner son regard vers le plus âgé des deux. Il constata alors la volonté de ce dernier à le faire parler. Un sanglot s'étouffa, et il songea : «Je te le dirais avec plaisir Gerard... Si c'était possible... ». Finalement, il baissa la tête, et se mit à jouer nerveusement avec ses mains.
«Frank, putain, pourquoi tu nous dis rien? On est quand même là pour toi, non?»
«C'est... C'est trop dur...»

Pourtant, il venait de faire le plus difficile. Depuis le début, lorsqu'on essayait de lui parler, il niait et répétait que tout allait très bien.
Là, il venait d'avouer qu'il avait quelque chose, et Gerard eu un gain d'espoir.
«Ca fait un mois que tu gardes ça pour toi...» dit-il doucement, «Ca doit te peser lourd sur le c½ur, Frankie... Je t'en prie, tu t'aideras toi-même en parlant...»
Brusquement et dans un soupir, Frank se leva et fit quelques pas, avant de se frotter les yeux d'une main.
«Je ne peux pas! Putain, laisse moi s'il te plaît!» Lâcha-t-il, en agitant les bras.
La lueur d'espoir s'était éteinte. Gerard se leva à son tour, et attrapa les bras de Frank, posté face à lui. Le guitariste pencha sa tête sur le côté, et ferma les yeux.
«Frank ça devient agaçant.»
Alors l'intéressé souffla à nouveau, et se dit que maintenant que Gerard était là, posté devant lui, attendant tenacement une réponse, il ne pouvait plus reculer. Et puis peut-être que finalement il serait soulagé de tout avouer, peut-être que son ami avait raison. Et inventer un autre mensonge n'aurait fait que l'enfoncer plus profondément. C'était idiot. Gerard avait totalement raison, il avait ce poids sur le c½ur, et ça devait sortir. Il fallait qu'il s'en libère. Tant pis. Tant pis si ça devait briser une amitié, tant pis si au fond, il avait honte de cette chose qu'il lui chatouillait le ventre tout en lui faisant si mal, et qu'il ne comprenait pas. Tant pis si son ami devait en être choqué pour le restant de ses jours. Il était face à lui-même désormais, et devait parler.
Son regard plongea dans celui du chanteur, et celui-ci comprit qu'il allait enfin savoir.
«Gee je... Je crois, non, je suis sûr que je... Je suis tombé amoureux de toi.»
PROLOGUE.

# Posté le lundi 07 juillet 2008 09:00

Modifié le samedi 12 juillet 2008 06:19

Episode 1.

Episode 1.
« Never thought you'd make me perspire.
Never thought I'd do you the same.
Never thought I'd fill with desire.
Never thought I'd feel so ashamed.
Me and the dragon can chase all the pain away.
So before I end my day, remember...
My sweet prince, you are the one
My sweet prince
you are the one
»

Je suis tombé amoureux de toi... Je suis tombé amoureux de toi... Amoureux... Toi... Amoureux de toi... Amoureux... Amoureux...

La phrase résonna en boucle dans sa tête. C'était comme si on sonnait bruyamment les cloches d'une église à l'intérieur même de son crâne. Amoureux, amoureux...
Frank ravalait avec difficulté ses larmes.
Gerard, qui lui tenait toujours les bras, le fixait, abasourdi. Il était comme figé. Paralysé par l'aveu de Frank. Les pensées se ruaient les unes sur les autres dans son cerveau, se cognaient. Et s'écrasaient en une bouillie de phrases incompréhensibles.
Mais le silence était difficile pour le guitariste. Les sanglots éclatèrent, et il hurla :
«Mais dis quelque chose, putain!»
Son cri implorant perça le calme de la nuit, et extirpa Gerard de sa torpeur.
Les autres, dans le bus, l'avaient entendu aussi et, alertés, ils sortirent. Ils furent bien surpris de voir Frank en larmes, et Gerard, muet comme une tombe en face de lui, lui agrippant les bras. Doucement, ils s'approchèrent.
«Qu'est-ce qu'il se passe ici?» Tenta Kitty.
Gerard ouvrit la bouche.
«Je... Je sais pas...»
Mikey n'avait encore jamais connu une telle fébrilité dans la voix de son frère. Ses sourcils se plissèrent.
Frank soupira, et se dégagea sans mal de l'emprise de son ami. Sans dire un mot, et en essuyant ses larmes avec une manche de son pull, il retourna dans le bus.
Bob leva ses deux sourcils.
«Gerard... Il t'a parlé?» Demanda-t-il.
Je suis tombé amoureux de toi. Amoureux, amoureux...
L'écho devenait insupportable dans le crâne du chanteur. Il ne bougeait toujours pas. Son frère vint poser une main sur son épaule, mais ça ne le fit pas réagir pour autant.
«C'est si grave que ça?» Murmura le bassiste.
Alors Gerard tourna son visage vers Mikey, et plongea son regard dans le sien. C'était réconfortant de se réfugier dans ses prunelles marron clair, il se l'était toujours dit. Un truc de frères sûrement.
«Je... Je ne sais pas si je peux vous le dire...» Finit par déclarer Gerard.
Mais ils semblèrent exaspérés.
«Tu rigoles là?» S'inquiéta Ray. «Ca fait trop longtemps qu'on se demande ce qu'il a, pour que finalement, quand tu le sais, tu nous annonces que 'tu ne peux pas le dire' !»
Gerard ferma les yeux et souffla.
«Ray... C'est dur pour lui... Et pour moi, aussi...»
Le guitariste fit la moue. Les autres froncèrent les sourcils.
«Bon écoutez, il est tard, tout le monde devrait aller dormir.» Ajouta aussitôt Gerard, afin de ne laisser à personne l'occasion de répondre. «On parlera de tout ça demain...»
Ils acquiescèrent finalement d'un signe de tête, et chaque groupe retrouva son bus respectif.
Dans celui des My Chemical Romance, Frank était déjà dans sa couchette, le rideau fermé, signe qu'il ne voulait pas qu'on le dérange. Lorsqu'il entendit les bruits de pas dans le bus, il enfouit son visage sur son oreiller, et se recouvra entièrement de sa couette pour étouffer le bruit de ses sanglots, incontrôlables maintenant.
Il s'était habitué, progressivement depuis le début de la tournée, à s'endormir avec la souffrance collée au ventre, incrustée jusqu'au plus profond de ses boyaux. Mais cette fois c'était différent. Cette fois il était à découvert. Il avait avoué. Cette fois il ne s'endormit pas, et la nuit lui parut interminable.

Le lendemain, le réveil fut difficile pour le chanteur. Un mal de tête fou s'était emparé de lui, comme une migraine, et ses yeux le brûlaient lorsqu'il les ouvrait. Discrètement, il alla dans la petite salle de bain du bus, puis se passa un vif coup d'eau froide sur le visage, avant de prendre un doliprane. Je suis tombé amoureux de toi. Ca résonnait encore, inlassablement. Comme une sentence inévitable qui viendrait de s'abattre de tout son poids sur un condamné. Jamais il n'était tombé de si haut, parce que jamais il n'avait imaginé apprendre une telle chose. Que Frank ressente des choses pour lui était une éventualité qui ne lui avait pas même frôlé l'esprit. Pourtant il était au courant de sa bisexualité. Mais le choc était fort. Amoureux, amoureux... Il était amoureux de lui. Il en souffrait. Et Gerard se sentit coupable d'être la cause de cette souffrance, sans pouvoir y remédier.
Lorsqu'il alla dans la salle principale du bus, son frère était déjà là, assit en tailleur sur le petit canapé, une tasse de café entre les mains. Ce dernier adressa un sourire surpris à Gerard, quand il le vit apparaître.
«Déjà debout?» S'enquit le bassiste.
«Et toi donc!» Répliqua son frère, en souriant.
«Je suis toujours debout tôt, moi. C'est pour ça que je suis surpris de te voir maintenant.»
Gerard émit un léger rire, qui s'effaça très vite.
«J'ai mal dormi cette nuit...»
«Ah oui?»

L'aîné des deux frères vint s'asseoir à côté de son cadet.
«Oui... Tu sais, Frank m'a parlé, hier soir...»
«Oh, je sais. 'C'est dur pour lui et pour toi', hein? Ca m'inquiète, Gerard.»

Le chanteur garda le silence quelques secondes, avant de reprendre :
«Ecoute, je te fais confiance, aux autres aussi c'est pas le problème, mais surtout toi. Alors je te le dis, Frank... Il ressent des trucs pour moi. Il est 'tombé amoureux de moi', d'après ses propres mots.»
Mikey ouvrit grand les yeux, et ne sut quoi répondre. Alors Gerard continua.
«Maintenant quand j'y repense, ça explique beaucoup de choses...»
«C'est... C'est vrai...»

«Je le sentais de plus en plus distant avec moi, ça me faisait mal d'un côté. Mais je comprends maintenant, je comprends... Toutes les fois, sur scène, où il venait se frotter à moi... Putain, j'ai tellement de mal à y croire!»
«Ca me surprend aussi... Surtout qu'il est fiancé!»

Gerard acquiesça d'un hochement de tête et se passa une main dans les cheveux.
«Je me sens terriblement mal pour lui, Mikey... Pour la première fois, je suis impuissant. Complètement impuissant!»
«Mais pour toi, les choses sont claires, non? Je veux dire... Toi ce que tu ressens...»
«Ce que je ressens pour lui se limite à de l'amitié!»
Le coupa aussitôt Gerard. «Quand je dis que c'est dur pour lui et pour moi, c'est parce que, je crois que tu t'en doutes mais... Lindsey, enfin tu vois...»
Mikey sourit.
«On sait tous, Gerard.»
Son frère rougit, et eut un sourire en coin.
«Ecoute Gee... Tu as souffert après ta rupture avec Eliza, mais j'ai l'impression que Lindsey t'as complètement reboosté. Tu mérites un peu d'être heureux et de penser à toi, alors ne culpabilise pas trop par rapport à Frank, et fonce.»
«C'est trop tard... Si je suis avec Lindsey, je sais que je me dégoûterai de moi-même, parce qu'à côté il y aura Frank, qui déprime complètement, et je ne pourrai pas être heureux.»

Mikey sembla déçu et baissa la tête. Son frère lui ébouriffa les cheveux, histoire de lui arracher un sourire, et d'embêter son petit frère comme il avait toujours aimé le faire, puis se dirigea hors du bus, pour respirer l'air frais du matin.
Il y avait déjà un soleil éblouissant, et ses rayons réchauffèrent Gerard, qui leva les bras pour s'étirer. Puis il tourna la tête en direction du banc de la veille, et vit que quelqu'un était allongé dessus. En réalité, il avait tout de suite reconnu qui était ce quelqu'un, et sans même qu'il ne s'en rende compte, il avait commencé à marcher vers lui.
Frank avait un regard fixe, presque vitreux collé à ses yeux gonflés et rouges où pendaient d'énormes cernes trahissant toute la fatigue qu'il portait en lui. Allongé sur ce banc, une jambe à l'horizontal et l'autre pliée, une main sur son ventre, les cheveux décoiffés, le visage sali par les larmes, l'allure peu soignée, il avait l'air totalement déplorable. Mais il s'en contrefichait. Ca n'était pas important, l'image navrante qu'il offrait de lui. Plus rien n'était important. Plus rien ne comptait. Non décidemment, tout était misérablement inutile.
«Frank...» Osa Gerard, lorsqu'il était arrivé à côté de celui-ci.
Le plus jeune se leva dans un sursaut, les yeux exorbités. Le chanteur venait de l'arracher violemment à ses pensées. Aussitôt, il s'apprêta à partir, mais Gerard le retint.
«Laisse moi je t'en supplie...» Fut tout ce qu'il eut la force de dire. Sa voix était extenuée, presque éteinte.
«Non je... Je veux te parler, Frank...»

# Posté le dimanche 13 juillet 2008 11:35

Modifié le mercredi 16 juillet 2008 15:20

Episode 2.

Cette douleur incessante au fond de mon ventre... Un déchirement, c'est cela.
Se rend-il simplement compte du mal qu'il me fait, rien qu'en me prenant le bras pour m'empêcher de partir? Mais ça m'est impossible de lui en vouloir. Tout comme ça me l'est de le regarder dans les yeux.
Imagine-t-il seulement l'ampleur des sentiments que je ressens pour lui?
J'ai mal. Laisse moi, Gerard. Je sais que c'est impossible, toi et moi. C'est elle que tu veux. Et la douleur me consume, me vide. Je sais que j'ai l'air misérable, mais je n'ai plus la force d'y remédier. Tout a crevé à l'intérieur. Mon c½ur est un rat mort que la putréfaction commence à ronger. Je ne vis plus, je survis.
Et Gerard est là, à me tenir le bras, s'inquiétant sûrement du fait que je ne réagis pas. Tu me fais souffrir, le sais-tu?
«Frank, écoute...»
Non, tes paroles me brisent d'avance.
Je coupe avec rage sa voix hésitante :
«Non je ne veux pas t'écouter! Laisse tomber, oublies ce que je t'ai dit hier, j'aurais jamais du t'avouer que... Que...»
Et les larmes me coupent la parole. Tranchantes, assassines. C'est de ta faute si elles coulent. Ta faute à toi si mon visage est sans cesse sali, brûlé par ces foutus pleurs que je ne sais plus retenir.
Je ne veux pas l'entendre, je sais que quoi qu'il pourra dire, j'aurai mal. Le son de sa voix seul suffit à me déchirer. Alors j'essaye de continuer de parler tout en me débattant :
«Ne te préoccupe pas pour moi, Gerard... Vraiment... Laisse moi!»
Mais je sais qu'il s'en fiche. Je sais qu'il ne me laissera pas. Mes paroles sont vaines.
Mais Gerard, imagine-tu le trou que tu fais dans mon c½ur lorsque tu es près de moi?
«Tu m'inquiètes Frank... Je ne peux pas te laisser comme ça.»
Il me tient toujours le bras, et je n'ai même plus la force de me débattre.
Mes larmes ont redoublées d'intensité d'un coup, j'ai encore perdu le contrôle total de moi-même. Faible et piteux, c'est tout ce que je suis devenu, et je me hais pour cela.
D'un geste sec, Gerard me prend dans ses bras et je crois que jamais il ne m'a serré aussi fort. J'ai si mal, et pourtant je me raccroche désespérément à son t-shirt, je m'y colle le plus possible, je veux le sentir contre moi, lui, je veux sentir qu'il est là. Et il l'est, son c½ur bat contre le mien, à la seule différence que ce dernier va à une allure dangereusement rapide. Et, là, contre lui, j'hume son odeur avec délectation. Pourtant, dans cette étreinte, j'ai de plus en plus mal, et j'en gémis. Son épaule est trempée. Mais ça n'a pas d'importance.
J'explose.
«Je suis désolé Gerard, je ne sais pas pourquoi c'est tombé sur toi, je ne sais pas comment j'ai pu en arriver à ressentir quelque chose d'aussi fort, et pourtant maintenant c'est là, ancré en moi et ça défie tout raisonnement! Ca aurait pu être n'importe qui mais pas toi... pas toi Gerard, non... J'en ai assez, je ne veux pas t'aimer !»
M'a-t-il déjà entendu parler avec tant de rage dans la voix?
Je tape du poing, dans un geste éperdument désespéré, son torse.
Je ne veux pas t'aimer... Mais j'ai perdu la force de combattre mes sentiments. Ils ont forcés, et ils ont gagnés. Je m'y suis abandonné.
Pas un mot ne sort de sa bouche, je l'ai mit mal à l'aise. Il a relâché l'étreinte, je comprends qu'il veut que je me décolle de lui.
«J'ai tout gâché Gerard.»
«Ne dis pas ça...»
«Mais arrête! Tu sais aussi bien que moi que ça ne sera plus jamais comme avant maintenant. J'ai tout foutu en l'air!»
«C'est faux! Je n'ai pas envie que ça tue notre amitié, et ça ne le fera pas.»

Je ne le crois pas. J'ai raison, je le sais. Il ne pourra jamais ignorer l'aveu que je lui ai fait. Il me regardera toujours différemment, et moi je chancellerai toujours au moindre contact oral ou visuel, même physique. J'aurai toujours ce creux en moi, et il sera toujours mal à l'aise à mes côtés. Peut-être même qu'il aura pitié de moi, et ça ne fera que m'enfoncer encore plus.
«Je suis là pour toi. Tu es trop important pour moi Frank.»
Ses paroles arrivent comme des fléchettes lancées à des kilomètres, tranchantes.
L'impact est violent.
Je voudrais être encore plus important que cela pour toi, Gerard. Que ta vie dépende de moi, que nos sentiments soient inévitablement reliés, que tes yeux brillent et ta peau frissonne lorsque je te prends la main. Je voudrais que tu me réclames quand je suis loin. Pouvoir me vanter d'être la raison pour laquelle chaque matin tu te lèves, et que tes sourires me soient dus. Te faire tourner la tête. Vibrer à la pensée que chaque mots doux qui peuvent bien s'échapper de ta bouche me sont destinés. Que l'ivresse t'emporte dans nos ébats.
«Il y a juste une chose que je ne comprends pas...» Rajoute-t-il. «Jamia... C'est ta fiancée, non?»
Voilà pourquoi je suis désillusionné depuis longtemps déjà. Voilà ce qui me rappelle à ma triste condition et me fait retomber brutalement sur terre chaque fois que j'ai un semblant d'espoir en moi. Je suis fiancé. Lui, il va bientôt se faire la bassiste de notre première partie, et il n'a d'yeux que pour elle, et bien sûr il a fallu que je l'aime -et bien sûr, rien n'indique chez lui qu'il est gay ou bisexuel-.
«Jamia... Elle n'arrête pas de m'envoyer des messages depuis le début de la tournée, ou de m'appeler mais... Je ne réponds pas.»
J'ai adopté le ton le plus froid possible. Je ne veux pas parler de Jamia, parce que j'ai la terrible sensation de la tromper en désirant quelqu'un d'autre. Pourtant, ce que je ressens pour elle ne signifie plus rien, et je voudrais l'oublier.
«Pourquoi?»
Putain Gerard. Je t'aime. TOI!
Mais c'est à sens unique. Et c'est l'une des raisons qui fait que je ne réponds pas à Jamia, ne serait-ce pour lui dire que c'est fini entre elle et moi. Parce que je ne veux pas me retrouver réellement seul. A défaut d'avoir l'un, je garde l'autre. Tant pis...
En soupirant, je retourne m'asseoir sur le banc. Il vient se mettre en face de moi, à ma hauteur. Je sais qu'il me regarde, mais je n'ai décidemment pas le courage de faire de même.
«Dis quelque chose Frank, tu m'inquiètes...»
Mais machinalement, pour seule réponse, je détourne mon regard vers ses yeux et ils m'hypnotisent.
Je n'ai pas envie de parler. Il n'y a rien à dire, Gerard.
«Frank? Tu es tout pâle, tu devrais sérieusement te reposer.»
Sa voix reflète son anxiété.
Me reposer? Comment le pourrais-je? Le sommeil m'a abandonné. Cette nuit encore je n'ai pas dormi. J'ai passé mon temps à laisser les larmes me torturer.
A cet instant précis, tout ce que je désire est de m'écrouler dans ses bras et y crever.
En me secouant légèrement, il me rappelle à la réalité.
«Frank, réagis!»
«J'en ai marre...»

Il ne s'attendait pas à cette réponse.
Laisse moi maintenant, je suis las. Exténué. Chaque échange avec toi est un véritable combat contre moi-même.
J'avais légèrement penché la tête sur le côté, mais d'une main il me relève le menton et plonge ses yeux intenses dans les miens.
C'est douloureux à la longue, un c½ur qui bat à toute allure.
«Je t'en prie reprends toi Frank... Ca me tue de te voir sombrer comme ça de jours en jours...»
Mais c'est de ta faute, Gerard.
Immédiatement, je rétorque :
«De toute façon tu ne peux rien pour moi.»
Encore une fois il ne sait quoi répondre. Un hoquet me surprend, et en ravalant de nouveaux sanglots, je décide de m'allonger comme je l'étais avant que Gerard n'arrive.
Je ne le vois pas, mais je sens son regard désolé posé sur moi.
Maintenant va-t-en Gerard.
Je suis là pour toi.
Et je l'entends encore me dire cela.
Et j'ai mal. Tu ne l'es pas de la bonne façon, Gerard...

Une fois seul, je sors mon i-pod de ma poche, et les écouteurs dans les oreilles, le son au maximum, je décide de faire tourner une chanson bien précise, en boucle.
Une chanson dont je bois les paroles comme un poison acide qui détruit mes entrailles, parce qu'elles me frappent de leur réalité. Elles saignent la cicatrice un peu plus, encore un peu plus. Et la musique envoûtante, angoissante me fait replonger dans cet effroyable état de terreur. Et comme d'habitude, une émotion violente m'étreint le ventre. C'est douloureux. Les larmes que je ravalais coulent finalement le long de mes joues froides.
C'est toujours ainsi que ça se passe. Je me fais du mal tout seul, je devrais arrêter mais je ne peux m'empêcher d'écouter cette chanson. Je ne peux m'empêcher de m'enfoncer dans cette souffrance. Paradoxalement.

« Never thought you'd make me perspire.
Never thought I'd do you the same.
Never thought I'd fill with desire.
Never thought I'd feel so ashamed.
Me and the dragon can chase all the pain away.
So before I end my day, remember...
My sweet prince, you are the one
My sweet prince
you are the one
»

# Posté le mardi 22 juillet 2008 14:12

Modifié le samedi 26 juillet 2008 07:10

Episode 3.

Dans le bus voisin, les quatre membres de Mindless Self Indulgence étaient levés depuis quelques heures déjà.
Lindsey avait été la première, et, semblant particulièrement nerveuse aujourd'hui, elle avait été bruyante. Assez pour réveiller les autres, qui, inquiets de la voir si stressée, lui avaient demandé la cause de cette agitation.
A moitié euphorique, elle avait simplement répondu : «Il faut que je parle à Gerard! Absolument! Je dois le faire aujourd'hui!», et ils avaient bien vite compris.
Mais Jimmy, plutôt réticent à l'idée qu'on l'empêche de dormir et d'avoir, ainsi, ses heures de sommeil minimum nécessaires à sa bonne santé complètes, ne l'entendait pas de cette oreille, et les deux amis se disputaient gentiment depuis ce réveil brutal ; «tout ça pour Gerard!», disait-il.
A côté, l'air blasé, Steve et Kitty les regardaient faire sans rien dire, et s'amusaient un peu du fait que Lindsey, en réalité, se fichait ouvertement de ce que lui disait Jimmy, trop excitée pour s'attarder sur ses petits caprices.
Il avait alors finit par abandonner, et bouda toute la matinée.
Celle-ci était d'ailleurs passée lentement.
Frank n'avait pas bougé de son banc. Pourtant, Ray était bien venu le voir, lui demander ce qu'il faisait, là, allongé à ne rien faire si ce n'était contempler vaguement le ciel; lui faire part encore et toujours de son inquiétude; lui demander pour la énième fois ce qu'il avait ou encore lui proposer de venir avec eux, puisqu'ils étaient tous levés maintenant; mais pour seule réponse, Frank lui avait envoyé un : «Laisse moi je veux être seul...» d'une voix dénuée de vie. L'ambiance était alors grave, et Ray n'avait eu le temps de rétorquer, que le plus jeune avait continué : «Je préfère rester sur ce foutu banc plutôt que me lever et tourner en rond tellement je n'ai envie de rien foutre.», laissant ainsi son ami découragé et sans voix, et s'était très vite de nouveau retrouvé seul avec ses démons intérieurs.
Peu de temps après, Ray et Bob, sur la demande du guitariste, furent mit au courant de la situation de Frank par Gerard. La surprise avait alors été, pour eux aussi, de taille.
Mais midi était arrivé. Le soleil resplendissait toujours, et les deux groupes avaient décidé d'installer une grande table dehors, pour manger tous ensembles. Tout était prêt, et chacun était installé à sa place –Lindsey s'était innocemment mise à côté de Gerard, et elle avait eu droit à des regards tendrement moqueurs de Jimmy, qui avait décidé qu'il en avait assez de lui faire la tête-. Cela lui parut étrange cependant. Le sentiment qu'il cachait quelque chose la prit.
Frank avait enfin daigné se lever et les rejoindre pour manger, mais c'était simplement pour éviter les remarques. La veille au soir, il avait fait un malaise qui l'avait conduit à l'hôpital parce qu'il ne s'était pas nourri de la journée, alors il savait que recommencer aujourd'hui ne lui attirerait rien d'autre que se faire harceler par tous les autres, et il ne voulait pas de cela. Il voulait juste être tranquille, seul, s'enfermant encore et toujours sur lui-même. Puisque de toute façon, les autres ne pouvaient rien pour lui, et puis ils ne comprenaient pas, ils ne savaient pas que Frank était tellement vide qu'en plus d'avoir perdu le sommeil, il avait perdu l'appétit et ne ressentait plus aucuns besoins. Ils ne s'imaginaient pas. Ils ne mesuraient pas l'urgence, la détresse dans laquelle il se trouvait. Alors il se forçait. Simplement pour... qu'on le laisse tranquille.
Pendant tout le repas, il fut le seul à ne pas parler, à ne pas même écouter les délires des autres, leurs fous rires aux blagues de Bob, qu'il lançait hasardement. Puis il s'était forcé à ignorer les regards que Gerard et Lindsey s'échangeaient, les instants où ils se parlaient, riaient ensemble. Ces moments qui l'écoeuraient tant. Il les avait ignorés parce qu'il savait que s'il leur avait prêté attention, il en aurait vomi le peu de ce qu'il s'était résigné à manger.
Cependant, lorsqu'au moment où personne ne s'y attendait, Jimmy se leva brusquement, tapotant sur son verre avec une cuillère pour faire comprendre qu'il voulait le silence, la surprise lui fit lever la tête, et prêter attention à ce qu'il allait dire.
«Bon, écoutez moi s'il vous plaît.» Commença le chanteur quand tout le monde s'était enfin tut.
«C'était précisément ce qu'on allait faire...» Le coupa Steve.
«Chuuut!» Reprit Jimmy. «Voilà, j'aimerais m'adresser à Lindsey...» Ses yeux se rétrécirent, et il la regarda étrangement. S'attendant à tout venant de son ami, la bassiste prit légèrement peur. «... Je veux juste lui souhaiter bonne chance. Elle sait pourquoi. Et elle a intérêt à faire ce qu'elle a à faire, depuis le temps qu'on attend ça.... Et surtout parce que ce matin, j'ai été réveillé plus tôt que prévu, à cause de ça. Alors bonne chance ma jolie.»
Il avait ponctué sa phrase d'un sourire amusé, légèrement diabolique, et d'un clin d'½il à Lindsey, tandis que cette dernière avait ouvert les siens en grand. Il avait osé, le traître! Il s'était vengé, et l'avait coincée.
Alors qu'il laissait ses amis perplexes –sauf Steve et Kitty, qui avaient compris ce à quoi il avait voulu en venir, et compatissaient pour Lindsey-, Jimmy se rasseyait, satisfait. Mais un sursaut léger le fit bondir, et, alors que la bassiste le fixait furieusement, il ajoutait :
«Tu me remercieras, crois moi.»
Et elle ne put s'empêcher de rire, et se tut pendant tout le reste du repas, anxieuse.
Mais Jimmy ne se doutait pas que cette intervention avait provoqué chez Frank un mauvais pressentiment. Un très mauvais pressentiment qui venait de le mettre... furieusement mal à l'aise.


Je ne vous remercierai jamais assez pour vos commentaires, je crois que vous n'imaginez pas combien ils me touchent et m'encouragent à continuer. ♥

# Posté le mardi 29 juillet 2008 08:48

Modifié le vendredi 01 août 2008 12:38